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Pourquoi Arles?



Depuis que je me suis installée ici en 2007, on ne cesse de me poser cette question

récurrente: Julia, comment as-tu atterri à Arles? Sous-texte: on se demande ce qui a amené

une britannique d'origine malaisienne à ce carrefour de la culture méditerranéenne, une

ville antique aux étés torrides et au mistral puissant, et qui jusqu'à récemment n'était pas le

lieu de prédilection des arrivants comme moi. Mon cercle d';amis internationaux ayant plutôt opté pour les climats plus doux des Alpilles ou du Luberon, une Provence idéalisée inondée de fermes idylliques, d'oliviers et piscines.


Habituellement, je fais une réponse rapide avec des allusions à la sérendipité et à la synergie

de cette envoûtante première visite à l'automne 1981, avec Georges mon époux français,

flamboyant et considérablement plus âgé que moi. L'hôtel Nord Pinus, où nous étions les

seuls clients, était d'une beauté somnolente, dans l’attente d'un nouvel éveil. Ses jours de

gloire étaient désormais révolus me disait Georges. Il venait ici depuis des années en

aficionado de la corrida et en ami de l'aristocrate camarguais et cinéaste Jacques de

Baroncelli, et aussi en tant que collectionneur des photographies de Lucien Clergue.


À mon grand soulagement, il n'y avait pas de corrida à ce moment-là. Jacques de B. était

malheureusement mort depuis longtemps. Mais Lucien Clergue et Yolande, sa belle épouse,

étaient bien en ville et prêts pour le déjeuner au Vaccarès, le restaurant mythique du

premier étage de la place du Forum.


Ayant vécu quelques années sur la somptueuse Côte d'Azur, je découvrais maintenant une

autre Provence - plus sombre, plus mystérieuse et infiniment plus secrète. Tout d'abord, la

visite à l'atelier de Lucien. Ensuite, au Museon Arlaten lugubre mais enchanteur où nous

avons regardé la vie de mannequins de grande taille vêtus de costumes du 19ème siècle,

plongés dans des décors en bois sombre et des chintz poussiéreux. Dans la boutique

«Souleiado», j’ai acheté des mètres de tissus du même imprimé et de l'autre côté de la rue,

chez «Camille», j'ai trouvé une veste en velours noir tout comme celles portées par les

cavaliers camarguais.


Quarante ans plus tard, après avoir vécu dans tant d'endroits différents, j'ai toujours ces

tissus provençaux, aussi bien préservés que les précieux souvenirs d'Arles d’alors, quand durant cette première visite, l’atelier d’un photographe s'est ouvert sur un univers parallèle

et si poétique. La poésie est toujours là, bien que la ville ait connu de nombreux

changements. L'hôtel Nord Pinus est maintenant impeccablement rénové, le Museon

Arlaten a subi une refonte majeure et la Fondation LUMA a apporté une dynamique

extraordinaire à La Petite Rome des Gaules.


Un jour d'isolement bordé de livres dans le Writer’s Room niché au-dessus de la

Cour, je trouverai les mots pour répondre à la question «pourquoi Arles» qui est toujours

suspendue dans l'air. Pendant ce temps, dans ma maison bien-aimée de la rue de la Calade, les échos des splendeurs passées, les aventures présentes et les aspirations futures

résonnent de manière plaisante et parfois inattendues.

Julia


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